La force des choses, tome 2

La force des choses, tome 2

Simone de Beauvoir

Language: French

Pages: 357

ISBN: B002T8ANKI

Format: PDF / Kindle (mobi) / ePub


Peu de temps après le jour V, je passai une nuit très gaie avec Camus, Chauffard, Loleh Bellon, Vitold, et une ravissante Portugaise qui s'appelait Viola. D'un bar de Montparnasse qui venait de fermer, nous descendîmes vers l'hôtel de la Louisiane; Loleh marchait pieds nus sur l'asphalte, elle disait : C'est mon anniversaire, j'ai vingt ans. Nous avons acheté des bouteilles et nous les avons bues dans la chambre ronde ; la fenêtre était ouverte sur la douceur de mai et des noctambules nous criaient des mots d'amitié ; pour eux aussi, c'était le premier printemps de paix.

Simone de Beauvoir, née en 1908 à Paris, a raconté son enfance et son adolescence dans Mémoires d’une jeune fille rangée, sa vie à Paris, ses débuts d’écrivain, la guerre et l’Occupation dans La force de l’âge. La troisième partie de ses souvenirs, La force des choses, commence dans le Paris de la Libération.

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Brasilia s’entassaient dans des � villes satellites », des favellas géantes, à vingt ou trente kilomètres de leur travail. Je remarquais que les conducteurs des camions qui les transportaient à travers la ville les traitaient avec une incroyable brutalité : ils ne ralentissaient pas aux arrêts, les catingos devaient sauter en marche, souvent ils roulaient sur le sol ; on m’a dit qu’il leur arrivait de se blesser, ou même de se tuer13. J’ai entendu de nombreuses discussions sur Brasilia. Depuis

secours puiser chez Eluard, chez Breton ? Mais pouvait-on choisir un autre départ ? Cette simple question leur semblait fleurer le sacrilège. Nous continuâmes notre route. A la frontière, nous vîmes avec surprise que les douaniers obligeaient les touristes venant de Grèce à laver dans des auges leurs pneus et leurs pieds. En Grèce, nous remarquâmes tout de suite qu’on nous regardait sans aménité : partout où nous nous arrêtions, il fallait nous hâter de dire que nous étions français. Un an plus

chez nous, comme nous, complices de massacres et de tortures. Grâce à l’attitude libérale du P. C. I. et à sa situation heureuse, il y a en Italie des journaux de gauche très bien faits et qui touchent un vaste public ; les lire est un de nos plaisirs. Nous sommes attentifs aux faits divers, car l’Italie s’y peint. Pendant des jours la tragi-comédie de Terrazzano défraya la presse. Deux frères internés dans le sombre asile d’Aversa, près de Naples, avaient obtenu une permission pour bonne

aujourd’hui avec Sartre, Pontalis et Chapsal. Je les attendais au Falstaff ; à la table voisine, un jeune monsieur, genre fonctionnaire un peu supérieur2, causait avec une femme très vilaine : � Tout de même, Mendès a applaudi de Gaulle... Non, X. ne veut pas du Front populaire : alors il se laissera convaincre... Essayez d’agir sur votre groupe... C’est malheureux : il paraît que Lazareff est antigaulliste à fond... » Quand Sartre arrive, ils murmurent : � C’est Sartre » et peu après ils s’en

travailler — j’ai rédigé une soixantaine de pages, ce qui est, pour moi, considérable — mais il ne me restait pas d’élan pour autre chose. Dès ce premier matin à Paris, je m’y mets à nouveau. Peut-être aussi n’y avait-il pas grand-chose à dire sur Capri. Nous avions cette année des chambres ravissantes dans cet hôtel de la Pineta que j’avais repéré l’an dernier, quand je respirais les fumées des cuisines de la Palma. Il y avait une vaste pièce carrelée qui semblait fraîche, bien qu’elle ne le

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